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Championne de France 2026 dans la série Promotion, Juliette Laleuw revient sur son parcours à Rouen, un championnat commencé difficilement mais achevé de la plus belle des manières.
Elle nous parle avec franchise de sa remobilisation, de ses études de sage-femme, de sa manière d’aborder les parties et du plaisir retrouvé devant le damier.
Le podium de la série Promotion — Photo : Yann Blain.
Juliette, la Ligue Hauts-de-France te félicite pour ton titre de championne de France dans la série Promotion. Quel est ton ressenti sur ton parcours lors de ce championnat ?
J’ai habituellement beaucoup de mal à me rattraper lorsque je commence mal un championnat. Je suis donc contente d’avoir pu me remobiliser et rattraper mon retard après un début de championnat assez chaotique.
Je suis aussi contente car, lors de ce championnat, on peut voir une réelle évolution dans mon jeu et dans ma prise de confiance. J’ai débuté en étant assez hésitante et passive et, au fur et à mesure des parties, j’ai été plus incisive et davantage portée vers l’attaque.
Nous connaissons la particularité d’une série disputée au système suisse. Comment es-tu parvenue à te remobiliser après un début de championnat poussif — deux points après deux rondes — alors que tu étais favorite de la série ?
J’ai rarement eu l’occasion de démarrer un championnat en étant favorite. Lorsque j’ai vu que ce serait le cas et, de surcroît, que je serais en dernière série et donc en système suisse, j’étais vraiment démotivée et peu confiante quant à la réussite de mon tournoi.
Le système suisse n’est pas forcément très équitable, car tout le monde ne se rencontre pas et les parcours peuvent être très différents selon les adversaires rencontrés. La fatigue accumulée n’est pas forcément la même, et je m’en suis rendu compte à ce championnat en faisant partie du haut du tableau, alors qu’avant, plus jeune, je faisais justement partie du bas.
Après mes deux premières parties, j’ai totalement changé d’état d’esprit : attendre l’erreur ne suffirait pas, il fallait que je la provoque. Je me suis donc mise à jouer en fonction des adversaires que je rencontrais et de ce que je connaissais d’eux.
En rencontrant Clémence1 en 3e ronde, je me suis dit que ça allait être la partie décisive pour relancer mon championnat. Je savais qu’elle ne jouait pas depuis longtemps, et surtout qu’elle avait peu d’expérience en partie longue. J’ai donc cherché à compliquer au maximum la fin de partie, en me doutant qu’elle aurait plus de mal à ce moment-là.
J’ai continué cette tactique tout au long du championnat, en cherchant à compliquer les positions là où je pensais pouvoir mettre mes adversaires le plus en difficulté.
Juliette Laleuw en pleine partie lors du Championnat de France 2026 — Photo : Yann Blain.
Tu reviens sur le devant de la scène après avoir mis le jeu de dames de côté pour tes études. Comment t’es-tu préparée pour ce Championnat de France ?
Je ne me suis pas préparée pour ce championnat. Je suis en études de sage-femme et l’organisation cours-stages-vacances est particulière. Nous avons peu de temps pour nous, surtout en 2e année. De plus, j’ai eu une fin d’année scolaire dans le flou et assez compliquée.
J’avais un stage en juillet, sans aucune assurance de pouvoir participer en août, car ce mois est dédié aux rattrapages en cas de problèmes lors de nos stages. Durant toute la première partie de mon stage de juillet, à cause de problèmes d’organisation sur mon lieu de stage, j’ai vécu avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête, indépendamment de ma volonté. J’ai pu confirmer ma présence auprès de mon club seulement début août.
Et j’ai une règle : m’entraîner deux semaines avant est contre-productif pour moi. Ça me met la pression et met en lumière mes faiblesses, plutôt que de me motiver et de me mettre en confiance. Je suis donc venue les mains dans les poches, en comptant sur mon expérience passée des championnats, mais surtout pour m’amuser.
En comparant les parties que tu as jouées, quelle est selon toi la plus aboutie, et laquelle te laisse le plus de regrets ?
Je ne pense pas avoir de partie réellement plus aboutie qu’une autre. J’ai plusieurs parties où je fais de grosses erreurs, que l’adversaire ne voit pas, par chance, ou que j’arrive à rattraper derrière. Je rate parfois des gains aussi, donc je ne suis pas forcément fière de mes parties.
Il y a aussi plusieurs parties où j’ai réussi à prendre un avantage parce que le rythme de jeu de mon adversaire l’a amené à une position qui, même bonne, était plus difficile à jouer, alors que je gardais une position plus simple, avec plus de choix de jeu ou un plan de jeu qui me paraissait plus clair.
J’ai aussi fait en sorte que certains joueurs jouent des styles de parties un peu plus « en dents de scie » que d’autres, de manière à faciliter la prise d’erreur.
La partie qui me laisse le plus de regrets est celle contre Alain Choquet2. Je laisse une combinaison très bête en début de partie, je perds donc une pièce et décide de continuer avec ce handicap. J’arrive à récupérer mon désavantage et même à rendre floue l’issue de la partie. À la fin, mon adversaire fait une erreur qui lui coûte la partie, mais mon manque de jeu rend ma vision floue et je ne trouve pas le gain. Je propose donc la remise, chose qu’il accepte, et c’est à ce moment-là que je vois le gain. Mais je ne peux pas revenir sur ma proposition et me retrouve avec un arrière-goût d’inachevé.
Que retiens-tu de ce Championnat de France ?
Ce championnat m’a montré que j’ai perdu en niveau ces dernières années à cause de mes études, mais que, pour autant, je suis encore capable de jouer à un bon niveau. Je pense que je peux assez rapidement retrouver mon ancien niveau et même progresser, car j’ai aujourd’hui un nouveau point de vue sur le jeu et davantage de maturité dans ma manière de l’aborder.
Je sens que je suis plus posée durant mes parties, j’utilise plus mon temps qu’avant, je joue plus lentement et je me permets maintenant de prendre des risques.
Ce que je retiens, c’est que ce n’est pas parce qu’on a arrêté de jouer qu’on ne peut pas reprendre le jeu, prendre du plaisir et qu’on va forcément tout perdre.
« Gagner, c’est bien, mais s’amuser, c’est mieux. »
J’en profite donc pour faire un petit message aux joueurs que je connais et à ceux que je ne connais pas qui ne jouent plus.
Arrêter le jeu pendant un temps ne nous empêche pas de reprendre. Même si on perd du niveau, on ne retourne pas au point 0. Notre jeu ne sera pas parfait, on fera des erreurs qu’on ne faisait pas avant, certes, mais cette phase n’est que passagère.
N’est-il pas dommage d’arrêter le jeu ou la compétition par peur d’être en difficulté ? N’est-il pas dommage de rater des événements qui nous rendaient heureux par peur de la performance ?
Gagner, c’est bien, mais s’amuser, c’est mieux. Alors revenez pour vous amuser, pour vous triturer l’esprit. Si vous avez atteint un niveau un jour, il n’y a pas de raison que vous ne l’atteigniez pas à nouveau.
Comme une randonnée en montagne, on monte, mais on doit aussi descendre si on veut aller plus haut.
1 Clémence Migeon-Lucas — Le Damier Soriniérois, 935 Capital-Points.
2 Alain Choquet — Drancy Damier Club, 1 454 Capital-Points.
Propos recueillis par Sébastien Duplouy.
Juliette Laleuw avec son diplôme d’animateur — Photo : Yann Blain.
La Ligue Hauts-de-France adresse également toutes ses félicitations à Juliette Laleuw pour l’obtention de son diplôme d’animateur. Une belle reconnaissance de son engagement dans la transmission et le développement du jeu de dames.
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